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« Un Ordre mondial fondé sur l’Humain » : (Narrer autrement le Récit de l’Homme), par Pr Mamoussé DIAGNE

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« Un Ordre mondial fondé sur l’Humain » : (Narrer autrement le Récit de l’Homme), par Pr Mamoussé DIAGNE

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Inventeur du « rationaliste intégral », Mamoussé Diagne, agrégé de philosophie à l’université Cheikh Anta Diop de Dakar (Ucad) est l’un des philosophes les plus réputés du Sénégal. C’est alors à juste titre qu’un autre professeur de philosophie, maître de la métaphysique Djibril Samb, le surnomme «maître de la parole juste.» Mamoussé est un homme du milieu, quand d’autres préfèrent flirter avec l’excès  et le bagout inutile.

Chez lui la science se transfigure en œuvre d’art : ce que le verbe dit, le corps, dans son entièreté, le montre avec grâce et bonté. Ses élans parfois lyriques sont la nécessaire cadence des notions éthérées qui, sans la force de l’image, pourraient égarer ses interlocuteurs dans les nuées de la pensée philosophique. De Platon à Sartre en passant par Rousseau, Kant, Hegel, Marx, Nietzsche, etc., le philosophe prône un enseignement qui préfigure sa conception de la philosophie, de l’homme, tout court : la tolérance.

C’est un penseur du juste milieu qui craint les simplifications de presse, car l’homme privé s’accorde la garde de ses secrets. Son esprit vogue avec la tolérance qui est la trame de fond de toute activité philosophique digne de ce nom. Dans ce texte, il converse avec son temps…dialogue avec son époque pour en partager la quintessence d’un nouveau regard sur le Sénégal. Par delà sur le monde…

« Que nous répondions présents à la renaissance du monde [… ] Car, qui apprendrait le rythme au monde défunt des machines et des canons ? » 

Cette interrogation se trouve dans la fameuse Prière aux masques de Léopold Sédar SENGHOR.

Tout se passe comme si, de nos jours, ce qu’on appelle la ‘’mondialisation’’ ou la ‘’globalisation’’, se caractérise par un énorme déficit, un monde d’où serait absent l’Homme, le Sujet qui a pourtant pour vocation de l’habiter.

C’est ainsi que Jean-François KAHN le décrit dans son ouvrage M la maudite,  comme la totale négation de l’Humain, concluant par ces mots :  « un cauchemar absolu ! » Il ne va engendrer ou inspirer que le rejet, et la nostalgie de la plénitude rêvée par les grands les réformateurs depuis Platon (avec son concept du ‘’Roi- Philosophe » ou du ‘’Philosophe-Roi’’), antidote au désordre du monde. Le Sujet dans ce contexte vit dans l’écartèlement d’une blessure douloureuse. L’ordre mondial dans lequel nous vivons aujourd’hui, mais que nous n’habitons pas à proprement parler, est une immense dystopie que les producteus d’«utopoï» (cités heureuses), depuis la plus haute Antiquité, en passant par l’Humanisme classique jusqu’aux penseurs modernes de la révolte, ont récusée.

Devant le scandale d’un monde d’où s’absente l’Humain, définissable selon les termes de Paul Ricoeur : « Je la suis, tu l’es, parce que nous en sommes », la tâche est de réinstaurer un ordre capable de réunifier la Pensée du Monde et le Monde de la Pensée, de le maintenir et de le rendre à nouveau habitable. Bergson, dans Les deux sources de la morale et de la religion, nous mettait en garde contre une réalité déséquilibrée qui exigerait un «supplément d’âme ». Ce qui est donc en cause, ce n’est pas tant la vie que le sens même de la vie.

En Afrique déjà, la célèbre Charte du Mandé, datant du XIIIe siècle et qui figure la première Déclaration des droits humains connue dans le monde, soit quatre siècles avant la Révolution française, et la proclamation des Droits de l’Homme et du Citoyen, en son Article 1er, déclare, d’entrée de jeu : « Toute vie est une vie et aucune vie n’est plus vie ou moins vie qu’une autre ».

Depuis la Magna Charta et l’Habeas Corpus de 1679 jusqu’à la Convention sur la la Reconnaissance de la Diversité Culturelle comme « héritage commun de l’humanité », en passant par la «Déclaration contre toutes les formes de discriminations et formes de traitements dégradants» adoptée par les Nations Unies le 10 décembre 1984, combien de fois la reconnaissance des droits de la personne humaine a-t-elle été solennellement proclamée ? Mais combien de fois la violation de ces mêmes droits a été consommée à la face du monde? Cela va des formes à grande échelle (comme l’esclavage ou l’Holocauste) aux formes particulières (comme l’apartheid ou le froid assassinat d’un jeune homme dans la rue par un policier qui a normalement pour vocation de le protéger. Tout semble même se passer comme si leur négation était le moteur de leur protection.

Il n’est guère étonnant, dès lors, qu’un ordre mondial reposant sur la domination et l’injustice suscite la protestation des dépossédés, des « Damnés de la terre » à qui l’on a « volé leur Histoire » selon l’expression de Jacques Goody, éprouvent le besoin de narrer autrement le Récit de l’Homme ?

C’est pourquoi la notion d’un nouvel « Ordre mondial fondé sur l’Humain » prend tout son sens et sa légitimité: elle ouvre un horizon programmatique qui comporte un volet propositionnel jouxtant le volet protestataire, récapitulant les droits économiques, juridiques et les autres droits niés par l’ordre dominant.

En définitive, la revendication en elle-même n’a rien de particulariste ou de sectaire. Son intention profonde est de réconcilier l’Homme avec lui-même, de reconstruire la totalité fragmentée, un vivre ensemble vécu, pensé et désiré ensemble. C’est peut-être le rêve et la vocation de tous les grands décideurs ayant eu en charge la destinée de leurs peuples, de Senghor au Président Macky Sall et qui, pour le moment et à cause de sa richesse et de son audace prospective, ne peut être exprimé que dans le langage de la métaphore poétique :

« Que l’Action soit la sœur du rêve !»

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