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Perspectives

L’Afrique d’après, c’est maintenant (Par Kayar THIAM)

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A travers le monde touché par la pandémie du Covid-19, seul l’écrivain français, Michel Houellebecq, récuse l’idée même de l’avènement d’un monde nouveau après la crise. A Lettres d’Intérieur, sur radio France Inter, Houellebecq écrit : « Je ne crois pas une demi-seconde aux déclarations du genre, rien ne sera plus jamais comme avant. Au contraire, tout restera exactement pareil… ».

Il n’aura pas tort, si demain, après la levée des différentes restrictions pour contenir la pandémie du Covid-19, l’Afrique retombe dans ses vieux travers, faute de leader. En cela, l’appel à l’Afrique et au monde du Président sénégalais, Macky Sall, à « travailler ensemble à l’avènement d’un nouvel ordre mondial qui met l’humain et l’humanité au cœur des relations internationales », au-delà d’être un beau contre-pied, est une belle perche. Perche à saisir. Oui. Parce que justement cette main tendue « postule surtout un nouvel état d’esprit qui reconnaît que toutes les cultures et toutes les civilisations sont d’égale dignité ». Alors, à l’Afrique de jouer sa partition pour cet équilibre mondial tant rêvé et souhaité.

Demain naît l’Afrique d’après, pour sûr. Jamais l’adage, « à quelque chose malheur est bon », n’aura trouvé une aussi frappante démonstration. De l’affolement collectif face à la propagation fulgurante de la pandémie, aux stratégies de sortie de crise, l’Afrique, en particulier, semble déjouer tous les mauvais pronostics faits sur elle. Ainsi la bataille pour minimiser les pertes en vie humaine notamment, certes en ordre dispersé, est menée de front avec générosité, solidarité et surtout beaucoup d’ingéniosité.

A peine les drames à venir annoncés par les éternels prophètes de malheur et leurs prédictions sur l’Afrique, que les forces créatrices se sont mises à s’exprimer aux quatre coins du continent. Qui, dans nos grandes écoles et universités, pour concevoir et créer des respirateurs ; Qui pour concocter masques de protection et solution hydro alcoolique ; Ou encore des hordes de bénévoles pour battre campagne de sensibilisation aux méfaits de la pandémie. Partant, Penseragir sonne comme une prémisse de l’Afrique d’après. Une Afrique de réflexions réalistes, pragmatiques pour des concepts transformables en actes et actions concrètes. Une façon nouvelle d’en finir avec les discours politiciens aux accents tragico-lyriques et grandiloquents, sonnant creux. Preuve, l’Afrique d’après refuse déjà de se laisser détourner des vraies urgences pour repartir sur des bases solides. Le débat engagé pour un moratoire, voire une annulation de sa dette à long terme, ne devrait rien changer dans ses priorités rendues encore plus criardes par les conséquences du Covid-19. Une pandémie surmédiatisée qui a mis à nue les faiblesses des systèmes sanitaires africains.

Ainsi, pour l’Afrique, plus rien ne doit être comme avant. En effet Houellebecq aura raison si demain, la jeunesse, tant enviée à l’Afrique pour la résilience qu’elle offre au continent faces à de nombreux défis, réinvestissaient les trottoirs défoncés de nos capitales, abordant les passants dans une sorte de racolage informel XXL. Un spectacle qui frise la régression sociale. A quoi servent nos forces de maintien de l’ordre public ? Plus à se rendre coupables de la banalisation de leur fonction et mission, hautement respectables sous d’autres cieux, qu’à faire le job. Demain, on ne devrait plus pouvoir squatter la place publique pour vendre à la sauvette, au seul prétexte que « c’est mieux que voler ». Argument très répandu au Sénégal.

Pourquoi ne pas s’inspirer des pays qui sont sortis du sous-développement, en moins d’un demi-siècle, telle la Corée du Sud ? En tirant des leçons adaptées à nos réalités de ses succès. Ce qui suppose ce postulat : le développement n’est pas possible sans l’enseignement pour tous. Un enseignement répondant aux besoins du marché. Tenez par exemple, Dakar et sa région sont un chantier de construction et de travaux à ciel ouvert, en témoigne la ville nouvelle de Diamniadio, où aucune formation ou presque n’est dispensée dans les métiers du bâtiment. Le recours massif aux filières d’enseignement professionnel (collèges et lycées) réduirait la horde de diplômés inadaptés en Master, en tout genre. A défaut d’emplois et de travail formels, point de couverture sociale, sanitaire, point d’assurance. Ainsi naquit la précarité dont est victime le gros de nos populations.

D’où viennent tous ces jeunes massés le long des grandes artères passantes de nos villes, bras chargés de babioles et autres victuailles à vendre ? Bien évidemment du décrochage et l’échec scolaire, parce que les formations offertes dans les institutions publiques sont très peu adaptées à la faible demande du marché du travail ; Des cohortes des filières des écoles coraniques dont le système originel est déjà archaïque ; De la cohorte des sans domiciles fixes, phénomène impensable il y a encore quelques années ; De l’exode rurale incontrôlé ; Des bidonvilles et quartiers anarchiques ou encore de l’immigration incontrôlée des pays limitrophes. Bien sûr, il n’est pas question de fermer les frontières, mais d’en contrôler les mouvements et éviter ainsi la paupérisation de nos capitales. Jugeons-en. Est-ce que viable pour une région comme Dakar, couvrant 0,3% de la superficie du pays mais abritant près du quart de la population ? Et c’est presque partout pareil sur le continent pour cause d’absence de planification et/ou raison de concentration de tous les pouvoirs dans la seule capitale. Ainsi Dakar, capitale politique, économique et culturelle du Sénégal, concentre à elle seule 80% des entreprises industrielles et commerciales du pays. Autant dire, « the place to be ».

C’est peu dire que l’Afrique d’après Civid-19 requiert beaucoup de nouveaux instruments de gestion, opérationnels pour accompagner et transformer cette créativité née comme par instinct de survie.

Que va-t-il advenir, demain, du remède malgache controversé contre le coronavirus, concocté à base d’artemisia, une plante à l’efficacité prouvée dans les multi-thérapies contre le paludisme ? Ou encore tous ces concepts et créations de respirateurs artificiels, robots assistants, distributeurs de gel hydro-alcoolique, de masques, etc. ? Au corps médical africain de capitaliser sur ces trouvailles et bien d’autres.

Quel avenir pour tous ces groupes de travail par champs de compétence, créés par des universités et grandes écoles à travers le continent pour lutter contre le Covid-19 ? Une belle opportunité en tout cas pour initier et développer des incubateurs d’entreprises à l’échelle sous régionale ou régionale pour un meilleur apport en formation à l’entrepreneuriat, au ciblage du marché ou encore une meilleure élaboration du modèle économique devant garantir la pérennité des futures entreprises. De toute évidence, il n’y a pas de solutions techniques en industrie pour la production de faibles quantités. Aussi les marchés fragmentés ne sont pas rentables pour espérer attirer les investisseurs sachant que l’intégration est un facteur de développement économique certain.

Le tout est de s’affranchir du diktat des chercheurs et laboratoires pharmaceutiques du Nord et investir dans l’expertise locale. In fine, faire de cette synergie, portée par le concept Penseragir, le capital amorçage de cette Afrique d’après.

Par Kayar THIAM

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