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L’Afrique dispose de toutes les matières premières… (Par Pr Papa Amadou DIOP)

Perspectives

L’Afrique dispose de toutes les matières premières… (Par Pr Papa Amadou DIOP)

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« L’Afrique dispose de toutes les matières premières et des ressources humaines pour produire au minimum 50% de ses besoins en produits pharmaceutiques ». C’est une certitude du Pr Papa Amadou DIOP, Ancien Directeur de la Pharmacie et du Médicament, et actuellement Doyen de l’Ecole de pharmacie Saint-Christopher à Dakar. Il a répondu aux questions de PenserAgir.com à la suite de l’appel des 149 personnalités qui demandent un vaccin pour tous.

Des personnalités ont publié une tribune pour demander un vaccin pour tous dans le cadre de la lutte contre la covid19. Croyez-vous possible que l’industrie pharmaceutique réponde favorablement à cette demande ?

Une telle démarche n’est pas dans la tradition de l’industrie pharmaceutique. Si on se réfère par exemple à l’expérience des ARV dans le cadre du traitement du SIDA, comme pour les vaccins, c’est par l’intermédiaire de GAVI, que la plupart des pays en voie de développement ont eu accès à ces produits. On peut le comprendre au regard des coûts très élevés de la recherche. C’est pourquoi dans le cadre de la lutte contre les maladies émergentes ou ré-émergentes, il a fallu recourir à l’intervention du fonds mondial pour la prise en charge de la lutte contre le paludisme, la tuberculose et le VIH. Je pense en conséquence que pour répondre à la demande face au COVID 19, on aura besoin de passer par des organisations reconnues comme l’OMS, le Fonds mondial, GAVI ou bien par les blocs économiques comme CEDEAO ou UEMOA, l’Union Africaine.

L’Afrique est certes moins touchée que les autres parties du monde. Mais n’est-il pas temps que l’Afrique fasse émerger sa propre industrie pharmaceutique ?

La réponse à cette question est largement abordée dans le Plan stratégique de l’industrialisation de l’Afrique élaboré et discuté dans le groupe thématique de l’Union Africaine. Beaucoup de pays africains du Maghreb, l’Afrique du Sud et le Ghana dans une moindre mesure, ont des industries pharmaceutiques qui couvrent environ 80% de leurs besoins. Pour l’essentiel, ces pays fabriquent des médicaments génériques, c’est-à-dire dont le brevet est caduc. Les spécialités pharmaceutiques, encore protégées par un brevet, restent l’exclusivité des grandes firmes pharmaceutiques européennes et américaines. L’Afrique dispose de toutes les matières premières et des ressources humaines pour produire au minimum 50% de ses besoins en produits pharmaceutiques. Elle produit du coton pour les objets de pansements, du caoutchouc pour les dispositifs médicaux comme les seringues, les perfuseurs, les transfuseurs, les cathéters et la liste est très longue. La plupart des pays de l’UEMOA importent des solutés massifs de remplissage et de produits de dialyse, composés d’eau, de sels ou de sucre. Le coût du transport de ces produits importés est exorbitant à cause du volume. Si les industries pharmaceutiques de génériques ont pris de l’ampleur dans les pays du Maghreb, c’est grâce à un cadre législatif et réglementaire attrayant. Dans le cas d’un pays comme le Sénégal, la loi sur l’industrie devrait être revue si ce n’est pas déjà Le cas, car nous l’avions proposé depuis août 2013 au cour d’un conseil interministériel sur les médicaments. Il est prévu dans les accords de Doha (ADPIC), la possibilité d’octroi d’une licence obligatoire à un pays pour produire des médicaments protégés à l’usage exclusif de ses populations en cas d’un besoin imminent. L’Afrique du Sud et le Brésil ont déjà fait appel à ces dispositions pour produire des ARV sous brevet pour lutter contre le SIDA. En collaboration avec l’OMS et les partenaires au développement, les gouvernements devraient renforcer les capacités de production du secteur privé aux niveaux national et régional, appliquer pleinement les clauses de sauvegarde prévues par l’Accord sur les ADPIC, et favoriser le transfert de technologie. »

On note un retour du discours sur la pharmacopée africaine à la faveur de la crise de la covid 19, surtout avec l’artemisia malgache. Peut-on envisager une perspective en la matière ?

La pharmacopée africaine mérite d’être valorisée pour élargir nos sources d’approvisionnement et améliorer l’accessibilité géographique et financière des traitements éprouvés. Les médicaments traditionnels améliorés à base de plantes doivent suivre une procédure allégée pour leur autorisation de mise sur le marché. Seuls les dossiers prouvant l’efficacité pour les pathologies concernées et sur la toxicité aiguë et à long terme doivent être fournis. Ils feront obligatoirement l’objet d’un suivi de pharmacovigilance. Ils doivent figurer dans notre arsenal thérapeutique. C’est le prix pour notre souveraineté thérapeutique.

 

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