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Pour une politique d’humanité (Par Souleymane Bachir DIAGNE)

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Pour une politique d’humanité (Par Souleymane Bachir DIAGNE)

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PenserAgir a demandé au Pr Souleymane Bachir Diagne le contenu qu’il mettrait, en tant que philosophe, à « l’humain, au centre des relations internationales », évoqué récemment par le Président Macky Sall dans son éditorial du 08 avril dernier que nous avons reproduit in extenso, dans cette présente édition…

La crise du Covid 19 a mis à  nu ce qui n’allait pas dans le monde qui s’est arrêté. Et elle nous somme maintenant d’imaginer « l’après » qui ne sera pas un simple retour au monde d’avant. Un tel retour n’est de toute façon ni possible ni souhaitable car cette crise sanitaire et la crise économique et sociale qui l’accompagne comme une seconde vague tout aussi mortifère, imposent de revisiter les présupposés de ce « monde d’avant ». Tirer les leçons de la dévastation qui continue est prendre conscience de la nécessité de faire advenir un monde autre, dont la base sera une politique d’humanité.

En appeler à l’humanité c’est retrouver l’opposition qu’établit le philosophe Henri Bergson entre un instinct de tribu et une politique de la société ouverte qui se donne l’humanité pour horizon. L’instinct de tribu c’est une morale close qui se traduit en une politique du repli et des frontières que l’on solidifie en murs pour tenir hors de chez soi l’autre, le migrant, l’étranger, le différent : c’est le populisme, c’est l’ethno-nationalisme. Pourtant, s’il y a un présupposé que la crise a fait voler en éclats, c’est l’idée que l’on peut s’abriter des autres derrière ses frontières. Le corona virus, à peine né, fait le tour du monde en rien de temps. Et puisque pour lui la terre n’est qu’un seul pays, notre réponse doit être que oui, la terre n’est qu’un seul pays. Voilà le premier principe d’une politique d’humanité éthique.

Cette politique qui est d’abord une éthique ouverte, se traduit en la double exigence de faire humanité ensemble d’une part, et d’autre part d’humaniser la terre. Faire humanité ensemble, c’est en termes concrets s’attaquer aux inégalités dont cette crise a révélé qu’elles deviennent et sont tout « naturellement », inégalité devant la mort. C’est pourquoi Jean Jaurès, dont on rappellera qu’il fut un ami de Bergson, a assigné au journal qu’il a fondé, par le nom même qu’il lui a donné, l’humanité, la finalité de contribuer à faire « de chaque nation enfin réconciliée avec elle-même une parcelle » de cette humanité qu’il faut continument travailler à réaliser.

Humaniser la terre, cela signifie exercer la responsabilité, qui n’appartient qu’à l’humain, de conserver et d’intensifier dans la durée, la vie : la sienne et celle de tous les êtres avec qui il partage d’habiter la terre. Rien ne rappelle mieux cette responsabilité que ce fait qu’aujourd’hui, après que les activités qui provoquent les changements climatiques ont dû s’arrêter par la force des choses, l’air de notre planète est devenu plus pur et plus transparent et dans un monde qui reprend des couleurs les animaux sauvages se sont aventurés aux abords des villes.

Quel mécanisme pour faire humanité ensemble et ensemble habiter la terre ? Un multilatéralisme à inventer.

Pr Souleymane Bachir DIAGNE

 

  • L’auteur, Souleymane Bachir Diagne est un philosophe sénégalais, spécialiste d’histoire des sciences et de philosophie islamique. Lycée Louis le Grand. Puis, l’Ecole normale supérieure de la rue d’Ulm où il obtient l’agrégation de philosophie en 1978. Revenu au Sénégal en 1982, il enseigne la philosophie à l’université Cheikh Anta Diop de Dakar et soutient sa thèse d’Etat sur l’algèbre de la logique de Boole. En 2002, il s’envole pour les Etats-Unis et enseigne successivement à Northwestern University, Chicago, puis à Columbia University à New York. On peut citer parmi ses nombreux travaux : Boole, l’oiseau de nuit en plein jour (1989), Islam et société ouverte. La fidélité et le mouvement dans la philosophie de Muhammad Iqbal (2001), Léopold Sédar Senghor. L’art comme philosophie (2007), Comment philosopher en Islam ? (2014) ? L’encre des savants (2013), En quête d’Afrique(s). Universalisme et pensée décoloniale (avec Jean-Loup Amselle)(2018) et la Controverse. Dialogue sur l’Islam(avec Rémi Braqgue)(2019).
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3 Comments

  1. Siss_Admin2014 3 juin 2020

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  2. Siss_Admin2014 3 juin 2020

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  3. Siss_Admin2014 3 juin 2020

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