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Riposte contre la Covid-19 : L’expérience sénégalaise et la perspective d’un nouvel ordre mondial (Par Alassane DIALLO)

Perspectives

Riposte contre la Covid-19 : L’expérience sénégalaise et la perspective d’un nouvel ordre mondial (Par Alassane DIALLO)

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La Covid-19 a, véritablement, confirmé Marshall Mc Luhan, l’auteur de la métaphore du « village planétaire ». Le monde est un village global par la libre circulation des marchandises, des capitaux, des services, des personnes, et surtout des techniques de l’information et de la communication. Il l’est aussi et surtout aujourd’hui pour avoir permis à des êtres infiniment petits de tenter de décimer l’humanité.

Face à l’ampleur et à la rapidité de propagation du coronavirus, le Président Macky Sall a décidé très tôt d’engager son pays à travers de nombreuses actions et initiatives aux niveaux national et international. Il a ainsi, au tout début de la crise sanitaire qui embrasé le monde, appelé ses pairs, chefs d’Etat et de gouvernement, à apporter une réponse multilatérale à la pandémie. Le Président sénégalais a notamment invité la communauté internationale à œuvrer pour l’avènement d’un « Nouvel Ordre Mondial » où l’humain serait au centre des relations internationales. L’enjeu est, clairement, d’enrayer les inégalités sociales.

C’est pourquoi dès l’annonce officielle du 1er cas testé positif à la covid19 au Sénégal, le Président Macky Sall a pris d’importantes initiatives et actions, en vue de combattre ce mal du siècle qui bloque le monde.

 

Le « Général » Macky Sall à la tête des troupes pour bouter la Covid19 hors du monde…

 

En effet, ce lundi 02 mars 2020, dès que le Ministre de la Santé et de l’Action sociale a déclaré que le Sénégal a enregistré « le patient zéro », le Président réunit ses collaborateurs et engage la grande bataille contre l’ennemi invisible. Des actions nationales et internationales sont alors entreprises.

Au niveau national :

– Le 14 mars 2020, il annonce la fermeture des écoles, l’interdiction des manifestations publiques, l’annulation des manifestations prévues le 4 avril 2020 à l’occasion des 60 ans de l’indépendance du pays.

– Le 19 mars 2020, le gouvernement sénégalais envisage de doter le Fonds de riposte et de solidarité contre les effets de la Covid-19 (Force-Covid-19) d’une enveloppe de 64 milliards de FCFA, pour atténuer les effets dus à la pandémie sur l’économie nationale.

Afin de lutter contre la pandémie, la compagnie Air Sénégal annule ses vols régionaux et internationaux à compter du vendredi 20 mars 2020.

– Le 23 mars 2020, Macky Sall décrète l’état d’urgence sur toute l’étendue du territoire. Mais la situation liée à l’évolution de la maladie dans notre pays l’amène une nouvelle fois à s’adresser à la Nation.

A cette occasion, dira-t-il, « les chiffres parlent d’eux-mêmes. A la date d’aujourd’hui, le COVID-19 a envahi plus de 140 pays, dont le Sénégal. A ce jour, la COVID-19 a tué plus de 15 000 personnes, plongeant des familles entières dans le deuil et le désarroi ».

« Ce moment est inédit dans l’histoire de l’humanité. Voilà que l’infiniment petit fait trembler le monde entier, de façon brutale, rapide et massive ; ignorant les frontières ; frappant sans distinction, les pays riches comme les pays pauvres, et ceci sans égard pour le statut social des uns et des autres », informe-t-il.

Convaincu que gouvernants et gouvernés, riches ou pauvres, personne n’est à l’abri de la COVID-19, il a rappelé que « depuis trois mois, une véritable guerre mondiale s’est déclenchée contre cet ennemi commun », en soutenant que notre pays n’est pas en reste.

En envoyant ses pensées, d’abord aux malades de la COVID-19, auxquels il a exprimé toute son affection et ses vœux de prompt rétablissement, il a encouragé, en même temps, le Ministre de la Santé et de l’Action sociale, et l’ensemble de ses équipes, dans la tâche difficile qu’ils mènent de jour comme de nuit.

Il n’omettra pas de confondre dans ses remerciements, à travers son message mobilisateur dont seuls les leaders charismatiques ont le secret, le personnel médical et paramédical dévoué, ces braves hommes et femmes, les Forces de défense et de sécurité, ainsi que toutes les bonnes volontés mobilisées dans la lutte contre la COVID-19, toutes les forces vives de la Nation, classe politique, majorité et opposition confondues, mouvements citoyens, partenaires sociaux, secteur privé, guides religieux et coutumiers et citoyens, tous soutenant avec sincérité le grand élan national de riposte contre la COVID-19, et dans ce combat risqué contre un ennemi vicieux, injuste, mortel et invisible à l’œil nu.

Sans tarder, il a instruit dès le 02 mars 2020, le Gouvernement à mettre en place l’actuel « plan de contingentement en cours » pour endiguer la progression de la maladie.

Au regard de la vitesse de propagation de la maladie, pour relever le niveau de la riposte et éviter ainsi à son peuple de sérieux risques d’une redoutable calamité publique, en vertu de l’article 69 de la Constitution et de la loi 69-29 du 29 avril 1969, il a donc déclaré l’état d’urgence sur toute l’étendue du territoire national.

Conformément à la loi sur l’état d’urgence, ces mesures donneront en particulier aux autorités administratives compétentes les pouvoirs suivants :

  • réglementer ou interdire la circulation des personnes, des véhicules ou des biens dans certains lieux et à certaines heures ;
  • interdire, à titre général ou particulier, tous cortèges, autres défilés, rassemblements et manifestations sur la voie publique ;
  • ordonner, la fermeture provisoire des lieux publics et lieux de réunions ;
  • interdire, à titre général ou particulier, les réunions publiques ou privées de quelque nature qu’elles soient, susceptibles de provoquer ou d’entretenir le désordre des rassemblements.

Ces mesures seront assorties d’un couvre-feu sur l’étendue du territoire national, de 20 heures à 06 heures, avant d’évoluer récemment, de 19 heures à 05 heures.

Une limitation, et au besoin une interdiction, sera imposée au transport de voyageurs de région à région.

Mieux, conformément à l’article 77 de la Constitution, M. Sall a aussi saisi l’Assemblée nationale d’un projet de loi habilitant le Président de la République à prendre, pour une durée de trois mois, des mesures relevant du domaine de la loi, afin de faire face aux impératifs d’ordre budgétaire, économique, social, sanitaire et sécuritaire de la lutte contre la COVID-19. Ce texte sera très favorablement accueilli par l’Assemblée nationale, après de sincères consultations avec les Institutions de la République et l’opposition parlementaire.

Le sachant averti et soucieux des effets de la crise sur l’économie nationale, le gouvernement s’est alors chargé de mettre en œuvre des mesures préventives de lutte contre toute hausse indue des prix.

Pour en atténuer les impacts, le Président Sall, dans le cadre du programme de résilience économique et sociale (PRES), a créé un grand Fonds de riposte et de solidarité contre les effets attendus de la COVID-19, le fameux FORCE-COVID-19, doté d’un budget de 1000 milliards de FCFA. Ce Fonds sera alimenté par l’Etat et toutes les bonnes volontés.

Son Excellence, M. Sall a, aussi lancé un appel à tous les Sénégalais, au secteur privé comme aux partenaires bilatéraux et multilatéraux, afin qu’eux aussi apportent leur appui au FORCE-COVID-19.

Les ressources du Fonds auront servi entre autres, à soutenir les entreprises, les ménages et la diaspora.

Une enveloppe de 69 milliards a été consacrée à l’achat de vivres pour l’aide alimentaire d’urgence.

Des mesures fiscales générales et spécifiques ont également été prises en soutien aux entreprises.

Au titre des mesures générales, il a été accordé une remise partielle des dettes fiscales constatées au 31 décembre 2019 due par les entreprises et les particuliers, pour un montant global de 200 milliards.

S’agissant des mesures spécifiques, elles auront bénéficié aux secteurs les plus touchés par la crise de la Covid-19, en particulier l’hôtellerie, la restauration, le transport et la culture.

Ces mesures seront également étendues à la presse, compte tenu des changements induits dans ses grilles de programme et du rôle de service public qu’elle est appelée à jouer dans le contexte de la crise.

Les Ministres en charge des Finances et de l’Economie prendront les dispositions nécessaires à l’application de ces mesures.

Très avisé, le Président Sall ne voudrait pas que l’état d’urgence soit une fin en soi. Pour lui, il ne s’agit pas, non plus, d’arrêter l’activité économique du pays.

La répétition étant pédagogique, le Président a répété à souhait que « face au péril, l’état d’urgence nous donne les moyens de renforcer nos rangs et d’intensifier nos efforts de lutte pour vaincre notre ennemi commun », avant de rappeler que « le virus porteur de la maladie ne se déplace pas de lui-même. Il circule à travers les personnes qui le portent, qui le déposent dans différents endroits et qui le transmettent ainsi à d’autres ».

Son discours de la fête de l’indépendance du Sénégal aura aussi été une grande occasion de proroger l’état d’urgence pour une durée de 30 jours. Ce, à compter du 04 avril 2020.

Le 06 avril, un outil d’auto-évaluation a été mis en ligne pour aider et orienter, selon les réponses, les populations sur la conduite à tenir en cas d’exposition à la Covid19 et l’apparition de symptômes.

Le 19 avril, le Gouvernement impose le port obligatoire de masque dans les services publics et privés, les commerces et les transports. Cette mesure reste encore en vigueur, sur l’ensemble du territoire national.

Le 03 mai 2020, l’état d’urgence est, à nouveau prolongé, et cela, jusqu’au 02 juin 2020, date d’ouverture officielle de l’école, pour les élèves en classe d’examen.

Le 11 mai 2020, le chef de l’État annonce une série d’assouplissements des conditions de l’état d’urgence. Les horaires du couvre-feu ont été réaménagés de 21 heures à 5 heures du matin (20h00 à 06h00 auparavant), les lieux de culte sont à nouveau ouverts, les marchés urbains et des marchés hebdomadaires, mais dans le respect des mesures de distanciation et des mesures barrières, notamment le port obligatoire du masque.

Convaincu que la propagation rapide de l’épidémie de COVID-19 a soumis les systèmes de santé publique à des contraintes extrêmes et provoqué des dommages économiques, sociaux et humanitaires sans précédent dans le monde entier et que le virus ne connaît pas de frontières, le Chef de l’Etat reste la Vigie, sensibilisant au mieux, sur l’intérêt de tous à engager une réponse internationale forte, guidée par un impératif de solidarité et de responsabilité partagée.

 

Cap sur l’annulation de la dette publique et le réaménagement de sa dette privée…

 

Certain que seule une victoire totale, incluant pleinement l’Afrique, pourra venir à bout de cette pandémie, le Président alliant temps et moyens a invité tous, autour de l’Union africaine qui s’est engagée à soutenir une réponse coordonnée à l’échelle africain, d’adopter des mesures fermes pour ralentir la propagation du virus et d’être prêts à aller plus loin si nécessaire.

Le 07 avril, se prononçant à travers une tribune parue dans grands médias nationaux et internationaux sur les risques qui se posent à la trajectoire d’émergence de nos pays, car la Covid-19 freine ainsi l’élan des uns, aggrave la situation des autres, et remet en cause les efforts de tous, le Président Sall nous invitera à apprendre de nos erreurs et de nos limites, de redéfinir l’ordre des priorités, de redonner plein sens à l’économie réelle en investissant plus dans l’agriculture, l’énergie durable, les infrastructures, la santé, l’éducation et la formation, pour réaliser un développement soucieux du bien-être de l’homme intégral. C’est l’appel à l’instauration d’un Nouvel ordre mondial qui devra exclure toute forme de discrimination, de stigmatisation et de préjugés, en particulier envers notre continent.

« L’Afrique, berceau de l’humanité et terre de vieille civilisation, n’est pas un no man’s land », dit-il.

« En Afrique, a-t-il rappelé, les gouvernements, les médecins, le personnel de santé, les scientifiques et les sociétés ont une expérience précieuse de la lutte contre les épidémies ».

Pour absorber ce choc, pense le Président Sall, l’Afrique aura besoin du plein soutien de tous ses partenaires ». Les gouvernements et les institutions multilatérales, en particulier l’organisation mondiale de la santé, la banque mondiale, la banque africaine de développement et le fonds monétaire international, ainsi que les organisations caritatives, les organisations non gouvernementales et le secteur privé doivent immédiatement répondre à l’appel du G20 et à unir leurs forces pour consolider les défenses sanitaires de l’Afrique.

Pour ce faire, il a estimé nécessaire de :

– renforcer la capacité de l’Afrique à répondre à l’urgence sanitaire ;

– déployer un paquet massif de mesures de soutien économique ;

– répondre à l’appel du Secrétaire général des Nations Unies en faveur d’une initiative humanitaire ambitieuse pour l’Afrique ;

– promouvoir un mécanisme panafricain de coordination scientifique et politique.

Primo, il faut apporter un soutien immédiat aux systèmes de santé africains grâce à la mobilisation de toutes les ressources disponibles à travers les institutions et canaux existants tels que le Fonds mondial et l’Alliance GAVI, sans toutefois porter atteinte aux programmes en cours. D’où, l’organisation d’une conférence de financement dès le mois de mai 2020.

Secundo, satisfaire les besoins évalués par les ministres des Finances africains (au moins 100 milliards de dollars) et les Nations Unies, afin de financer la lutte contre la pandémie et ses effets indirects, économiques et sociaux. Pour ce faire, le Président Sall a initié la saisie de la banque africaine de développement, la nouvelle banque de développement et les autres institutions régionales à utiliser tous leurs instruments pour soutenir les économies africaines, et à revoir leurs politiques d’accès aux financements et leurs plafonds en matière de quotes-parts pour permettre aux pays à faible revenu d’en bénéficier. Non sans appeler également à un moratoire immédiat sur le service de toutes les dettes extérieures, qu’elles soient bilatérales ou multilatérales, publiques ou privées, et ce jusqu’à la fin de la pandémie ; inviter le FMI à attribuer des droits de tirage spéciaux (DTS) aux pays africains, ce qui leur fournira les liquidités indispensables à l’achat de produits de base et de matériel médical essentiel et demander à tous les partenaires de l’Afrique de sanctuariser leur crédits d’aide au développement.

Tertio, s’appuyer sur le plan mondial de réponse humanitaire au COVID-19, afin d’apporter une aide alimentaire et matérielle de première nécessité aux populations les plus durement touchées par les mesures de distanciation sociale et les plus exposées notamment les réfugiés, les migrants et les personnes déplacées, et pousser le programme alimentaire mondial (PAM) à prendre la tête de cette opération, en coordination avec toutes les organisations concernées, pour disposer rapidement des financements appropriés.

Enfin, en lien avec les actions actuellement menées par des organisations ayant un savoir-faire dans la lutte contre les épidémies, le contrôle et la prévention des maladies et les structures nationales comme le réseau international des instituts Pasteur, pour coordonner les compétences africaines avec la riposte mondiale conduite par l’organisation mondiale de la santé (OMS) et garantir une répartition équitable des tests, des traitements et des vaccins lorsqu’ils seront disponibles.

Ce n’est pas tout. Outre les actions au niveau national, le Président Macky Sall a aussi initié ou pris part à différentes actions, au niveau international.

En atteste son intervention à la visioconférence du bureau de l’Union Africaine du 22 avril 2020 sur la riposte africaine anti COVID-19.

Au cours de cette rencontre virtuelle, il a principalement axé son intervention sur la dette africaine comme mesure d’accompagnement dans la lutte contre l’impact dévastateur de la COVID-19 sur les économies ouest-africaines. Exactement, comme il l’avait laissé entendre au cours de leur réunion du 03 avril dernier.

Cette sortie contre l’impact dévastateur de la pandémie sur nos économies qu’avait soutenu le Président Sall recevra des échos favorables auprès de l’Union Africaine, -où il a introduit le point à l’occasion de de deux visioconférences du bureau du Sommet de l’Union Africaine élargi à l’Éthiopie, au Sénégal et au Rwanda, le 3 avril 2020, auxquelles le Président Cyril Ramaphosa l’avait convié et celle du 22 avril-. Idem, auprès du Président Macron et de Sa Sainteté le Pape François. En outre, M. Sall est resté optimiste pour un soutien de la Banque Mondiale et du FMI, tout en estimant que la décision du G20 d’accorder aux pays pauvres un moratoire d’un an, va dans le bon sens.

En s’en félicitant, M. Sall trouvait pertinent de poursuivre le combat, en maintenant et en amplifiant le plaidoyer pour l’annulation de la dette publique.

D’abord le montant total de la dette africaine (365 milliards de dollars) qui, à ses yeux, n’est quand même pas énorme, car ne représentant que 3,7% des 5600 milliards de dollars mobilisés par les pays membre du G20 pour faire face à la crise.

Ensuite, trouvant que face à l’urgence créée par l’impact de la crise, toutes les règles d’orthodoxie budgétaire ont été levées, M. Macky Sall indiquera qu’il ne faudrait, donc, pas que « l’Afrique soit une exception dans le traitement des effets de la crise ».

Enfin, assurera-t-il, « le règlement de la question de la dette africaine a aussi un sens du point de vue économique ; parce que soulager l’Afrique du fardeau de la dette, c’est contribuer à sa résilience en tant qu’acteur de l’économie mondiale. Si l’Afrique reste économiquement vulnérable et n’arrive pas à se défaire de la COVID-19, elle constituera une menace potentielle pour le reste du monde ».

Pour toutes ces raisons, le Président Sall a proposé que la question de la dette fasse partie du mandat des envoyés spéciaux pour mobiliser les ressources pour la lutte anti COVID-19.

Pour finir, le numéro 1 du Sénégal a souhaité que cette crise mondiale offre l’occasion d’appeler à l’instauration d’un Nouvel Ordre Mondial qui redéfinit les priorités et tient mieux compte des intérêts des pays d’Afrique.

Sachant que « seule l’annulation de la dette publique et un rééchelonnement de la dette privée contribuera de façon significative au relèvement de nos économies. Et que c’est tout à fait possible », le Président Sall continuera à prêcher…, le bonheur de l’Afrique.

Il plaidera pour un Nouvel Ordre Mondial, marqué du sceau « d’une confiance mutuelle et d’une volonté sincère de coopérer autour de questions d’intérêt commun et de valeurs partagées, dans le respect de nos différences et de nos diversités ».

N’est-ce pas que « là où il n’y a pas de vision, le peuple périt » ?

Alassane DIALLO

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